Soutenances de thèse

    • Mme Weronika WOZNIAK soutiendra publiquement sa thèse : Vendredi 27 mars 2026 à 13h , Université de Lodz, Pologne
      prez. Gabriela Narutowicza 68, 90-136 Lódz – Pologne

Spécialité : Sciences du langage

Sujet : Les figures de mots dans la prose du groupe l’OuLiPo : étude linguistique outillée sur corpus, en français et dans les traductions polonaises

Résumé :

La thèse est consacrée à l’étude des figures de mots dans la prose du groupe littéraire français OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle), fondé en 1960 et fonctionnant comme un « laboratoire » où la littérature est expérimentée à travers l’usage systématique et conscient de procédés langagiers constitutifs d’un moteur de création littéraire. L’intérêt de ce travail est, d’une part, de mettre en lumière les dimensions linguistiques encore largement inexplorées de l’emploi des figures de mots, qui se distinguent d’autres types d’opérations figurales par le fait qu’elles manipulent la matérialité de la langue, en affectant ses unités minimales phonèmes et morphèmes et en contribuant aux jeux sur les sonorités et sur le lexique (Robrieux, 2000). D’autre part, la thèse propose une réflexion sur les solutions et les stratégies mobilisées pour transposer ces figures dans une autre langue, en l’occurrence le polonais. Plus précisément, ce sujet, abordé d’une perspective linguistique, se concentre sur les opérations métaplasmatiques qui structurent les textes analysés, sur les fonctions qu’elles remplissent potentiellement au sein du projet oulipien et sur les possibilités de transférer des manipulations formelles profondément ancrées dans la langue française et dans la dynamique des expériences oulipiennes vers une langue cible. Il s’agit ainsi de transmettre non seulement un contenu ou un contexte étranger, mais également de restituer les effets esthétiques et les jeux formels qui structurent l’œuvre. Bien que tant le concept de figure que l’OuLiPo aient suscité un nombre d’études offrant des éclairages précieux, un vide subsiste : il n’existe pas, à ce jour, de description systématique et exhaustive des figures de mots (qui, au vu des multiples définitions et typologies, témoignent de la richesse et de l’instabilité du concept) dans la prose oulipienne, ni d’étude approfondie de leur traduction en polonais. Ce travail se propose de combler ces lacunes en répondant aux questions suivantes : Quelles figures de mots contribuent à la prose oulipienne ? Quelles fonctions remplissent-elles dans les expériences et dans l’esthétique de la contrainte : s’agit-il de simples jeux, d’explorations poétiques, d’outils critiques ? Enfin, comment ces figures, profondément enracinées dans la langue source, peuvent-elles être traduites et quelles stratégies traductives permettent d’en restituer les effets dans une autre langue, en particulier en polonais ? L’objectif global de ce travail est de montrer que les figures de mots, loin d’être marginales dans l’écriture oulipienne, y occupent une place centrale. Elles incarnent l’artisanat linguistique du groupe et son projet d’exploration des possibles du langage, tout en constituant un enjeu majeur pour la traduction. Par une analyse systématique du corpus choisi et une réflexion traductologique, cette recherche entend apporter une contribution originale à la compréhension de l’activité oulipienne et, plus largement, à l’étude des rapports entre langue, style et créativité littéraire. Pour traiter ces questions, une analyse a été effectuée sur un corpus de plus de mille deux cents unités issues des textes narratifs en prose, romans, récits et divers échantillons d’expériences individuelles et collectives publiés entre 1960 et 1984, première période d’intense créativité au sein du groupe. Le corpus reflète l’hétérogénéité des démarches oulipiennes ainsi que la diversité des pratiques mises en ?œuvre dans un projet simultanément individuel et collaboratif, articulant invention de structures et mise en œuvre textuelle. La thèse se structure en deux grandes parties : l’une consacrée aux figures de mots dans la prose oulipienne, l’autre à la traduction de ces opérations en polonais, chacune comportant un volet théorique et un volet analytique. La première partie, composée de deux chapitres théoriques, présente tout d’abord un parcours retraçant l’évolution et les définitions du concept de figure de mots, afin d’élaborer une définition opératoire adaptée à l’objet de cette étude. Le second chapitre propose une réflexion sur les mécanismes et les fonctions des figures de mots dans la littérature expérimentale. Le volet analytique de la première partie est divisé en trois chapitres : le premier présente le corpus et la méthodologie ; le deuxième examine l’emploi des figures de mots opérant sur la sonorité et sur la structure morphosémantique des mots ; le troisième aborde les relations entre ces figures et les contraintes linguistiques oulipiennes. Chaque sous chapitre d’analyse est suivie d’un bilan, et le volet analytique se clôt par une conclusion concernant les rôles et les fonctions des figures de mots dans l’esthétique oulipienne. La seconde partie de la thèse se concentre sur la traduction des figures de mots. Le cadre théorique comporte deux chapitres : le premier expose les grandes approches à la traduction littéraire et les facteurs qui conditionnent sa dynamique. Le second traite des difficultés propres à la traduction des figures de mots et présente les principales techniques traductives. Le volet analytique comporte également deux chapitres : l’un présente le corpus retenu ainsi que le contexte de son analyse ; l’autre expose les résultats de cette étude et décrit les techniques permettant de restituer les effets des figures de mots dans le passage au polonais. Cette partie est également close par une conclusion concernant les stratégies adoptées dans la traduction. Enfin, le travail s’achève par conclusion générale. L’analyse menée sur le corpus a démontré que les figures de mots jouent un rôle essentiel dans l’écriture oulipienne. Elles s’inscrivent dans un ensemble de ressources linguistiques permettant aux membres du groupe de jouer sur la langue elle-même, constituant à la fois un matériau de création et un objet d’investigation. Trois fonctions principales émergent des observations : la fonction poétique, la fonction ludique et la fonction mimétique. Les résultats confirment aussi la pertinence d’une étude de la traduction des figures de mots en polonais : les manipulations du signifiant, fortement ancrées dans le français, semblent souvent impossibles à restituer dans une  perspective strictement linguistique. Dans cette optique, l’équivalence dynamique s’avère fréquemment une stratégie plus pertinente. La traduction apparaît dès lors comme un processus de détournement, de déplacement et de réinterprétation. La thèse est accompagnée d’une bibliographie et de deux annexes présentant de manière synthétique des exemples discutés dans les deux parties. 

    • M. Martin FERNANDEZ LAMADRID soutiendra publiquement sa thèse : Lundi 30 mars 2026 à 12h30 , CAMPUS CONDORCET
      Place du Front Populaire-93322 Aubervilliers-SALLE – 1.023

Spécialité : Psychologie

Sujet : Psychanalyse et clinique auprès des demandeurs d’asile en France – De la violence au néant

Résumé :

Cette recherche interroge les effets subjectifs, politiques et cliniques de la violence extrême contemporaine chez les demandeurs d’asile en France. Nous partons du constat que cette violence (guerre, persécution politique, exil forcé, précarité institutionnelle) ne produit pas seulement des traumatismes au sens classique, mais aussi une expérience spécifique, que nous avons décidé d’appeler « expérience du néant » : un effondrement du monde symbolique, une suspension de la demande et une désorganisation totale des cadres habituels en clinique. La première partie analyse la dimension politique de la violence et la production de figures contemporaines « monstrueuses » du demandeur d’asile. Nous verrons également comment les dispositifs biopolitiques destinés à contrôler fonctionnent, à des degrés divers, à une gestion de la déshumanisation du sujet. La deuxième partie tente d’articuler philosophie et psychanalyse afin de penser le « néant », non plus comme une abstraction métaphysique, mais comme une expérience subjective concrète, résultant de la destruction du monde symbolique et du sens. La troisième partie explore les conséquences cliniques de cette expérience et propose un déplacement de la clinique vers une conception du « travail » minimal, mobile et marginal. Nous défendons l’hypothèse selon laquelle la clinique face aux demandeurs d’asile et aux personnes ayant subi un parcours d’exil violent implique une transformation du cadre de travail traditionnel, ainsi qu’une position éthique forte de reconnaissance du droit à l’existence de l’autre. Loin de promettre une réparation, une assimilation ou une normalisation, le travail vise avant tout à soutenir l’émergence de nouvelles formes de subjectivation, ouvrant la possibilité de la création et de la réinscription politique du sujet dans un monde profondément marqué par la violence.

    • Mme May FIANI soutiendra publiquement sa thèse : Mardi 31 mars 2026 à 12h30 , Université Paris XIII dénommée Université Sorbonne Paris Nord UFR SMBH, Faculté de médecine de Bobigny | 9 rue de Chablis, Bobigny 93000-SALLE – M47

Spécialité : Santé publique

Sujet : Besoins et attentes des personnes en situation de handicap, âgées de 18 à 59 ans, et des proches pour accompagner leur autonomie dans le milieu de vie ordinaire

Résumé :

Introduction : Les personnes en situation de handicap (PSH) sont des citoyens qui doivent pouvoir bénéficier des droits de l’homme, notamment choisir leur lieu de vie et disposer des moyens nécessaires pour y être autonome. Afin de mieux comprendre le contexte, il a été réalisé un rappel historique de l’évolution des textes de loi et des représentations des PSH dans la société tant sur le plan international que national. Puis un développement du cadre conceptuel de la thèse a permis de sélectionner les modèles sur lesquels le travail s’appuie. Les concepts autour du handicap, du proche, du domicile, des attentes, des besoins et de l’autonomie ont été relatés afin de se centrer sur le champ de l’étude. Objectifs : Identifier les besoins des personnes en situation de handicap et de leur proche pour les accompagner à l’autonomie dans leur milieu de vie ordinaire; ainsi que proposer des actions en soins primaires permettant de répondre à certains de ces besoins. Méthode : Le design de la thèse comprenait trois études. Tout d’abord, une revue de portée de 2001 à 2025 a été réalisée sur les concepts de besoin, d’attente, de handicap et du domicile. Puis, une recherche participative a été effectuée. Pour cela, des personnes vivant avec un handicap ont participé en tant que cochercheurs à cette étude qualitative. Elle a été réalisée par entretiens semi-dirigés en interrogeant des PSH recrutées au sein de la patientèle des maisons de santé pluridisciplinaire, ainsi que leur proche et en binôme PSH-proche pour recueillir leurs besoins. Ensuite, une triangulation des données a été réalisée sur les cartes conceptuelles produites afin de mettre en évidence les occurrences entre les besoins retrouvés dans la littérature et les besoins issus des cochercheurs et de l’étude qualitative. Enfin, pour répondre au besoin des PSH d’accéder à leurs droits sociaux, une revue narrative a permis de cartographier les droits en France en 2025. Forts de ces résultats, un protocole de recherche est proposé pour une future étude qualitative par focus group afin de questionner les acteurs accompagnants les PSH sur les besoins des PSH, les aides et soutiens possibles pour faciliter leur parcours de soins. Résultats : De nombreux besoins ont été identifiés. Tout d’abord dans la littérature, la revue de portée a permis d’identifier 20 articles comportant principalement des besoins de soins. Puis l’étude qualitative a confirmé les éléments issus de la littérature tout en mettant en évidence d’autres besoins, tels que des besoins pour la PSH dans le champ biopsychosocial, dans son milieu de vie, dans son domicile et pour son proche. Une carte conceptuelle résumant les besoins exprimés a été créée. Ensuite, la triangulation des données obtenues par les modes de collecte a permis de regrouper les besoins par catégorie : l’accès aux soins et aux informations les concernant, l’acquisition des compétences psychosociales, le sentiment de bien-être et une auto-satisfaction, avoir des projets de vie, obtenir de l’aide humaine, technique, financière ; et l’accès aux droits sociaux, ainsi qu’à un emploi, l’adaptation du domicile et la possibilité de vivre dans un milieu de vie ordinaire. Des besoins spécifiques aux proches ont aussi été mis en évidence. Enfin, la nécessité d’une éducation civique et sociale des citoyens concernant le handicap apparaît également comme un enjeu majeur. La réalisation de la revue narrative sur les droits sociaux existants a montré que l’interrogation des sources d’informations s’avérait complexe, en raison du nombre important de critères requis et de la nécessité de les intégrer de manière pertinente dans les requêtes. La connaissance de l’exhaustivité des droits applicables à la situation de la PSH était ainsi problématique. Une carte conceptuelle résumant les droits en France en 2025 a été élaborée. Discussion : La force de la thèse réside principalement dans la participation des cochercheurs qui a permis de rester centré sur leurs perspectives et leurs vécus du handicap. Les limites sont la non-représentation de toutes les situations de handicap compte tenu de la diversité des situations possibles selon l’origine et le type de handicap, du statut professionnel, familial, social et du projet de vie de la personne. Une réflexion sur l’évolution du rôle du médecin généraliste dans l’accompagnement des PSH en lien avec les autres professionnels est proposée. De même, les conditions sociales permettant l’inclusion ont été développées. Des perspectives sont envisagées pour l’enseignement, l’organisation des parcours de soins, la pratique médicale, la société et la recherche. On peut citer l’importance de former les soignants à l’accompagnement des PSH et à la prise en compte de leur proche en consultation. Conclusion : Malgré l’évolution des textes de loi ces 25 dernières années, les PSH continuent toujours de faire face à des besoins non satisfaits compromettant le maintien de leur autonomie en milieu de vie ordinaire. La société doit permettre leur pleine citoyenneté et déployer un environnement capacitant. Les professionnels ont un rôle essentiel à jouer dans l’accompagnement du développement du pouvoir d’agir des PSH, notamment en facilitant leur accès aux droits fondamentaux. 

Retour en haut