Thèses soutenues en 2026

Soutenue par Audrey GAVARD

Le 5 février 2026

Spécialité : Psychologie

Laboratoire : UTRPP

Directrice de thèse : Marie-Christine Pheulpin

Résumé : Ce travail de thèse s’enracine dans notre difficile expérience de jeune psychologue clinicienne confrontée à de nombreux décès en service de soins de suite cancérologique. Il s’appuie sur le matériel clinique recueilli lors des premiers temps de notre prise de fonction. Au moment où nous débutons notre doctorat, c’est-à-dire en septembre 2017, nous trouvons peu d’écrits sur le vécu des patients atteints de maladie potentiellement létale notamment lorsque les traitements curatifs ne sont plus envisagés. En particulier, la question des silences paraît peu explorée. Ce travail de recherche s’est immédiatement doté d’un double objectif : le premier visait la recherche d’un tiers comme une aide à nous extraire de la massivité de l’expérience clinique pour trouver notre place singulière à la fois dans l’équipe et en dehors. Le second est l’étude de l’implication du psychologue se référant à la psychanalyse dans le soutien des mouvements de vie. Après de nombreux questionnements, s’est dégagée la problématique suivante : dans une situation relevant de la clinique de l’extrême, dans quelle mesure la présence du clinicien vient-elle soutenir les mouvements de vie? Par le terme ?présence? nous entendons à la fois la présence corporelle et psychique incluant la capacité à accueillir et tolérer le silence. Dès lors, nous avons observé si un positionnement clinique particulier pouvait être bénéfique aux patients dans le soutien de leur vie psychique et dans leur accompagnement jusqu’à la mort. Il s’agit de rendre cette dernière étape de vie la plus apaisée possible. Nous insisterons sur la question de la présence du clinicien et sur sa façon d’accueillir et de tolérer les silences. Cette recherche a convoqué nombre de questionnements qu’ils soient éthiques ou identitaires avec d’une part le double positionnement de clinicienne et de chercheure et d’autre part de clinicienne avec un référentiel psychanalytique dans un service de médecine somatique. Finalement, cinq patients ont été inclus dans l’étude et suivis durant le ?temps palliatif?. Tous étaient des adultes de moins de 60 ans, atteints d’un cancer. Notre travail s’inscrit dans le champ des recherches cliniques répondant « aux exigences de référence à la singularité des individus, de prise en compte de la totalité de la situation (l’observateur est partie intégrante de l’observation), à la dimension concrète des situations, la dynamique, la genèse » (Chahraoui, Benony, 2003, p. 11). Ainsi, nous n’avons pas proposé de méthodologie spécifique et avons étudié les entretiens psychologiques menés dans le cadre thérapeutique. La singularité de chaque patient, de chaque histoire de vie, du transfert et de notre propre contre-transfert rend difficile la généralisation de nos observations. Cependant, nous percevons des moments communs orientant notre propre positionnement clinique. Pour conclure, le clinicien soutient les mouvements de vie par sa présence corporelle convoquant l’intime, sa disponibilité psychique, la souplesse de son cadre et sa capacité à accueillir, tolérer et transformer les silences. Il s’agit d’insuffler la pulsion de vie, de la soutenir lorsque c’est possible ou, lorsque ce ne l’est plus, d’accompagner le patient pour le temps qui lui reste. 

Soutenue par Benjamin JUNGMANN

Le 10 février 2026

Spécialité : Sciences économiques

Laboratoire : ACT

Directeurs de thèse : Jonathan Marie et Eckhard Hein

Soutenue par Yao Justin KOUMAKO

Le 6 février 2026

Spécialité : Droit mention droit public

Laboratoire : IRDA

Directeur de thèse : Michel Sejean-Chazal

Résumé : Depuis quelques décennies, l’État, sujet primaire du droit international, se trouve confronté à un nouvel espace : le cyberespace. Les caractéristiques de ce dernier et les possibilités qu’il offre aux acteurs non-étatiques bouleversent les attributs classiques de l’État. Ce bouleversement traduit l’inadaptation primaire des catégories juridiques traditionnelles de l’État à l’environnement numérique : la territorialité y est contestée, la souveraineté fragmentée par l’intervention d’acteurs privés et l’architecture même du réseau. En outre, les États, acteurs principaux du droit international, adoptent des comportements ambivalents. Affaiblis dans les enceintes multipartites de gouvernance de l’internet mais désinhibés dans leurs stratégies unilatérales notamment en matière de cyberopérations. Ce travail de recherche démontre que la rencontre du cyberespace et de l’État donne lieu à un double phénomène : d’une part, une radicalisation de l’État en tant que sujet de droit international dans le cyberespace, c’est-à-dire un ancrage de ses attributs fondamentaux (territoire, souveraineté) dans des dynamiques numériques, et d’autre part, un radicalisme progressif de l’État en tant qu’acteur, navigant entre sa marginalisation dans la gouvernance de l’internet et son rôle fondamental dans la conflictualisation du cyberespace. Si l’inadaptation primaire des deux objets de la thèse s’est révélée éphémère, le radicalisme étatique dans les cyberopérations, quant à lui, appelle une restructuration du cadre international applicable à l’action de l’État dans le cyberespace. Ainsi, l’étude interroge aussi la capacité du droit international public à encadrer l’action étatique dans le cyberespace, entre reconduction de ses principes fondamentaux (égalité souveraine, responsabilité) et la nécessité de l’élaboration progressive d’un droit international applicable aux activités numériques. 

Soutenue par Giulia SULPIZI

Le 16 février 2026

Spécialité : Droit mention droit public

Laboratoire : IDPS

Directeur de thèse : Franck Laffaille

Résumé : Cette thèse de doctorat examine la relation entre les parlementaires individuels et leurs groupes politiques, dans le but de comprendre comment donner quelques significations aux concepts de représentativité, responsabilité et réactivité, des concepts propres à la science politique, mais également présents dans le monde juridique. Il est donc important de définir d’abord les deux termes de la question, les notions de groupe parlementaire et de parlementaire individuel, adoptant trois éléments méthodologiques, l’approche juridique réaliste, la multidisciplinarité et la perspective historique. Tous ces aspects doivent donc être présents dans cet ouvrage, qui aborde et problématise plusieurs questions. Le premier chapitre commence par une description du groupe parlementaire en Italie, compte tenu du rapport entre la majorité et l’opposition. Ici on peut considérer l’importance de la lutte contre les transfuges, qui constitue depuis longtemps un problème pour la démocratie italienne. Après ça, on doit analyser la nature juridique des groupes. Selon l’approche privilégiée dans la thèse on peut envisager une nature publique, qui va aussi donner aux groupes le pouvoir de faire recours à la Cour constitutionnelle italienne. Une fois ces aspects de la notion de «groupe» éclaircis, il convient d’aborder le deuxième point de référence du sujet, à savoir celui du «parlementaire individuel». C’est précisément pour ces raisons qu’il importe d’examiner, dans le deuxième chapitre, le lien étroit entre la révision constitutionnelle, la loi électorale et les réformes réglementaires, soulignant ainsi la forte interrelation entre les groupes agissant au sein et en dehors des Chambres, dans une dynamique circulaire. On peut donc distinguer entre la relation entre l’individu et le groupe et cela relatif au lien entre l’individu et la Chambre à laquelle il appartient. À la lumière d’un étude constitutionnelle, législative et réglementaire, on peut souligner que la contribution de l’individu est centrale non seulement au sein du groupe auquel il appartient, mais également dans la Chambre concernée, où, justement, sa contribution est appelée à contribuer à une bonne production législative. En ce sens, le parlementaire possède une valeur représentative, assortie de connotations de responsabilité et d’obligation de rendre compte, toujours conscient du contexte social large, inclusif et mondial dans lequel il s’inscrit. Il est donc fondamental de rappeler la nécessité de protéger la dissidence individuelle. Le troisième chapitre procède ensuite à l’analyse et à la comparaison avec le système juridique français. Cela fournit des pistes de réflexion visant à définir des mécanismes réglementaires et jurisprudentiels pour répondre aux questions susmentionnées, en les abordant aux niveaux constitutionnel, législatif et réglementaire. Ici aussi, on va examiner les deux sujets de cette thèse, le groupe et le parlementaire individuel, en analysant les pouvoirs, les prérogatives et les relations respectives de chacun. On peut envisager qu’en Italie l’autonomie réglementaire du Parlement est un principe absolu. D’autre coté, en France le Conseil constitutionnel exerce contrôle de constitutionnalité de textes des Chambres. Il s’agit donc d’un important élément de différenciation entre les deux systèmes juridiques. Deuxièmement, on peut souligner la centralité de la saisine parlementaire qui va apporter une réponse à la question de la nature juridique des groupes parlementaires. En conclusion, il semble opportun de souligner, à la lumière du bref examen des systèmes parlementaires étrangers et des relations actuelles entre l’Assemblée, les groupes et les députés, la nécessité de rétablir un régime de responsabilité politique dans tous les domaines et sphères de la vie publique.

Soutenue par Cecilia RODRIGUES RIBEIRO

Le 19 février 2026

Spécialité : Psychologie

Laboratoire : UTRPP

Directrice de thèse : Cristina Lindenmayer

Résumé : Dans les démarches écologistes et politiques actuelles, les populations autochtones du Brésil sont au centre d’attentions gouvernementales et institutionnelles ponctuelles. Pourtant, les membres de ces communautés souffrent de la destruction permanente à la fois de leurs cultures et de leurs repères identitaires. Cela conduit à des destins tragiques très peu étudiés depuis une perspective psychanalytique : l’addiction et le suicide. Ces phénomènes seront traités sous le paradigme d’une souffrance psychique et non en termes nosographiques afin de faire un véritable dialogue disciplinaire, surtout avec l’anthropologie. A partir du travail de la mise en place du tissu culturel, comment introduire l’inconscient et la souffrance dans le débat qui semble politique et social ? Les taux élevés d’addiction et de suicide des populations autochtones, dans ces contextes de violences historiques et actuelles, sont-ils des symptômes sociaux ? Comment ce tissu historique transmet les éléments inconscients ? Le malaise du sujet est-il le reflet du malaise social ? En particulier, cette recherche étudie la population Karajá, très reconnue dans les sciences humaines et sociales et dont les sujets sont très touchés par ces destins psychopathologiques. Confrontés à la destruction de leur territoire et de leur culture, les sujets semblent se constituer dans des ruines et des bribes identificatoires. Les frontières du territoire géopolitique sont en lutte. Les frontières du territoire psychique semblent troublées. Face à la destruction permanente de leur mode de vie et de l’existence de soi, comment les sujets peuvent-ils poursuivre le travail de la culture ? Ils cherchent une issue et trouvent, comme première réponse, l’objet addictif. Quand les enjeux identificatoires mortifères sont trop profonds, le suicide, en masse, devient la sortie définitive : se laisser mourir. Ces phénomènes seront analysés par le biais d’un concept naissant, le traumatisme contingent. Le traumatisme contingent concerne la transmission traumatique d’un état de détresse en continu qui semble figer les issues pulsionnelles. Un deuxième destin pulsionnel émerge, l’actualisation d’un totem féminin, la Ritxoko, qui permet la démarcation du territoire. Pourtant, l’importance de cette figurine faite en terre par les femmes Karajá dépasse les enjeux sociaux et géopolitiques. Elle est notamment très importante dans des issues sublimatoires et non-pathologiques de la population. La présente thèse est une mise en pratique de la nécessité de naviguer entre les disciplines des sciences humaines et sociales afin d’assurer non seulement une vision plus complète du contexte mais, surtout, une vision non stigmatisante de la population. La méthode de théorisation ancrée a été employée et son adaptation à la grille psychanalytique a donné lieu à la systématisation de la méthode de lecture transversale de l’oeuvre complète freudienne MT-OCF. En prenant en compte l’analyse métapsychologique à partir de la souffrance psychique, il a été possible de proposer un dispositif clinique basé sur les analyses de cette étude. Mots-clés : traumatisme contingent ; autochtones ; destins pulsionnels ; totem féminin ; dispositif clinique. 

Soutenue par Julie RONDELART

Le 19 février 2026

Spécialité : Psychologie

Laboratoire : UTRPP

Directeurs de thèse : Jean-Yves Chagnon et Aurélie Maurin

Résumé : Ce travail de recherche a été réalisé dans le cadre de mes fonctions de psychologue clinicienne au sein d’établissements de placement éducatif de la Protection Judiciaire de la Jeunesse. Le point de départ a été le constat des échecs répétés de l’orientation vers les services de soins, d’adolescents placés au pénal et qualifiés de « sans demande » ou refusant les soins. Cette recherche propose de penser l’échec sous un autre angle : ces adolescents ne sont pas sans demande mais le dispositif proposé n’est pas adapté à leur psychopathologie caractérisée par des liens en souffrance. Les observations cliniques effectuées lors de la phase exploratoire de la recherche amènent à soutenir l’idée que le soin psychique devrait d’abord être envisagé dans le cadre même du lieu de placement, dans une articulation entre le cadre judiciaire, un dispositif groupal-institutionnel contenant et la rencontre intersubjective avec un psychologue. À partir d’une épistémologie ancrée dans la psychanalyse en extension, cette recherche praticienne repose sur trois axes. À partir des données cliniques issues de deux institutions, je propose une étude comparative. Il s’agit de démontrer l’impact de la mise en place de temps cliniques institués réguliers sur le fonctionnement groupal des équipes éducatives, et leur capacité à accueillir et transformer les agirs adolescents. Le deuxième axe de la recherche repose sur la rencontre avec six adolescents présentés comme « sans demande ». Il met en évidence qu’un dispositif clinique malléable, fondé sur l’apprivoisement du lien à partir d’objets de relation, peut transformer cette apparente « non-demande ». Par ailleurs, les modalités transférentielles par retournement offrent au clinicien un accès aux éléments traumatiques restés en souffrance de subjectivation et en permettent la métabolisation. Enfin, le troisième axe s’intéresse aux effets thérapeutiques potentiels de la synergie des dispositifs groupal-institutionnel et intersubjectif sur les liens en souffrance. Il en ressort qu’ils permettent de déjouer la logique d’exclusion des institutions et mobilisent de nouveaux investissements pulsionnels chez ces adolescents pourtant en voie de mésinscription au début du placement. 

Soutenue par Maria RASSKAZOVA

Le 27 février 2026

Spécialité : Sciences économiques

Laboratoire : ACT

Directeurs de thèse : François Moreau et Thierry Penard

Résumé : Depuis une vingtaine d’années, les plateformes de contenus telles qu’YouTube, Twitch ou Instagram permettent aux artistes amateurs de produire, publier et diffuser leurs productions à de larges audiences. Connaissant un large succès auprès des consommateurs, producteurs mais aussi des annonceurs, ces plateformes ont permis la réduction des différents coûts et ont transformé les chaînes de valeur des productions culturelles. La présente thèse examine les dynamiques de création et de captation de valeur sur ces plateformes. Ces dernières s’organisent en marché multiface mettant en relation les créateurs de contenus à une audience et sont en majorité financée par les annonceurs. La gestion des interactions entre les différentes faces du marché est primordiale dans la création et l’extraction de revenus par les plateformes qui sont au centre des échanges. Afin de maximiser leurs profits, elles peuvent être incitées à mettre en place des designs et des règles pouvant affecter la participation de chaque face du marché et leur niveau de contributions. Au cours de ce manuscrit, nous nous intéressons à l’impact de ces pratiques sur la production de contenus culturels. Deux grands axes structurent cette thèse. Dans un premier temps, nous examinons les stratégies de production et de monétisation de contenus générés par les utilisateurs sur ces plateformes. Ce travail nous permet de mettre en évidence les caractéristiques clefs décrivant l’activité de création de contenus. Dans un second temps, deux chapitres empiriques traitent de la question de l’impact des designs des plateformes sur la production de contenus en ligne. Au cours du premier chapitre, nous étudions les effets des sanctions économiques sur la participation des créateurs. Nous tentons de décrire les stratégies adoptées par les créateurs en réponse en réponse à la démonétisation des vidéos. Cette étude nous permet d’apporter un éclairage nouveau sur l’importance des récompenses financières dans la création de contenus audiovisuels en ligne. Le dernier chapitre explore les implications du modèle économique des plateformes financées par la publicité sur la production culturelle. Les résultats de cette étude nous permettent d’observer l’évolution, sur plusieurs années, des caractéristiques de l’offre de contenu dans le contexte de décision de gouvernance des plateformes en faveur des annonceurs. Les résultats des trois chapitres empiriques mettent en évidence deux dynamiques importantes: celle de la production de valeur économique dans les écosystèmes de plateformes et celle de la production de biens culturels en ligne. La numérisation et l’essor de nouveaux modèles de production ont réduit le rôle des intermédiaires culturels traditionnels. Ces derniers ont été largement remplacés par les plateformes qui ont permis l’émergence de nouvelles formes de production et de nouvelles sources de revenus. De plus, par leurs choix de conception et règlementation interne, ces plateformes jouent un rôle dans la distribution (visibilité) et la consommation de contenu. Nos résultats contribuent au débat sur la transformation des industries culturelles. En effet, dans la conclusion, nous discutons des implications de l’intervention publique pour réglementer les pratiques de gouvernance des plateformes et la production culturelle en ligne.

Soutenue par Weronika WOZNIAK

 Le 27 mars 2026

Spécialité : Sciences du langage

Laboratoire : Pléiade

Directeur de thèse : Emmanuel Cartier

Résumé : La thèse est consacrée à l’étude des figures de mots dans la prose du groupe littéraire français OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle), fondé en 1960 et fonctionnant comme un « laboratoire » où la littérature est expérimentée à travers l’usage systématique et conscient de procédés langagiers constitutifs d’un moteur de création littéraire. L’intérêt de ce travail est, d’une part, de mettre en lumière les dimensions linguistiques encore largement inexplorées de l’emploi des figures de mots, qui se distinguent d’autres types d’opérations figurales par le fait qu’elles manipulent la matérialité de la langue, en affectant ses unités minimales phonèmes et morphèmes et en contribuant aux jeux sur les sonorités et sur le lexique (Robrieux, 2000). D’autre part, la thèse propose une réflexion sur les solutions et les stratégies mobilisées pour transposer ces figures dans une autre langue, en l’occurrence le polonais. Plus précisément, ce sujet, abordé d’une perspective linguistique, se concentre sur les opérations métaplasmatiques qui structurent les textes analysés, sur les fonctions qu’elles remplissent potentiellement au sein du projet oulipien et sur les possibilités de transférer des manipulations formelles profondément ancrées dans la langue française et dans la dynamique des expériences oulipiennes vers une langue cible. Il s’agit ainsi de transmettre non seulement un contenu ou un contexte étranger, mais également de restituer les effets esthétiques et les jeux formels qui structurent l’œuvre. Bien que tant le concept de figure que l’OuLiPo aient suscité un nombre d’études offrant des éclairages précieux, un vide subsiste : il n’existe pas, à ce jour, de description systématique et exhaustive des figures de mots (qui, au vu des multiples définitions et typologies, témoignent de la richesse et de l’instabilité du concept) dans la prose oulipienne, ni d’étude approfondie de leur traduction en polonais. Ce travail se propose de combler ces lacunes en répondant aux questions suivantes : Quelles figures de mots contribuent à la prose oulipienne ? Quelles fonctions remplissent-elles dans les expériences et dans l’esthétique de la contrainte : s’agit-il de simples jeux, d’explorations poétiques, d’outils critiques ? Enfin, comment ces figures, profondément enracinées dans la langue source, peuvent-elles être traduites et quelles stratégies traductives permettent d’en restituer les effets dans une autre langue, en particulier en polonais ? L’objectif global de ce travail est de montrer que les figures de mots, loin d’être marginales dans l’écriture oulipienne, y occupent une place centrale. Elles incarnent l’artisanat linguistique du groupe et son projet d’exploration des possibles du langage, tout en constituant un enjeu majeur pour la traduction. Par une analyse systématique du corpus choisi et une réflexion traductologique, cette recherche entend apporter une contribution originale à la compréhension de l’activité oulipienne et, plus largement, à l’étude des rapports entre langue, style et créativité littéraire. Pour traiter ces questions, une analyse a été effectuée sur un corpus de plus de mille deux cents unités issues des textes narratifs en prose, romans, récits et divers échantillons d’expériences individuelles et collectives publiés entre 1960 et 1984, première période d’intense créativité au sein du groupe. Le corpus reflète l’hétérogénéité des démarches oulipiennes ainsi que la diversité des pratiques mises en ?œuvre dans un projet simultanément individuel et collaboratif, articulant invention de structures et mise en œuvre textuelle. La thèse se structure en deux grandes parties : l’une consacrée aux figures de mots dans la prose oulipienne, l’autre à la traduction de ces opérations en polonais, chacune comportant un volet théorique et un volet analytique. La première partie, composée de deux chapitres théoriques, présente tout d’abord un parcours retraçant l’évolution et les définitions du concept de figure de mots, afin d’élaborer une définition opératoire adaptée à l’objet de cette étude. Le second chapitre propose une réflexion sur les mécanismes et les fonctions des figures de mots dans la littérature expérimentale. Le volet analytique de la première partie est divisé en trois chapitres : le premier présente le corpus et la méthodologie ; le deuxième examine l’emploi des figures de mots opérant sur la sonorité et sur la structure morphosémantique des mots ; le troisième aborde les relations entre ces figures et les contraintes linguistiques oulipiennes. Chaque sous chapitre d’analyse est suivie d’un bilan, et le volet analytique se clôt par une conclusion concernant les rôles et les fonctions des figures de mots dans l’esthétique oulipienne. La seconde partie de la thèse se concentre sur la traduction des figures de mots. Le cadre théorique comporte deux chapitres : le premier expose les grandes approches à la traduction littéraire et les facteurs qui conditionnent sa dynamique. Le second traite des difficultés propres à la traduction des figures de mots et présente les principales techniques traductives. Le volet analytique comporte également deux chapitres : l’un présente le corpus retenu ainsi que le contexte de son analyse ; l’autre expose les résultats de cette étude et décrit les techniques permettant de restituer les effets des figures de mots dans le passage au polonais. Cette partie est également close par une conclusion concernant les stratégies adoptées dans la traduction. Enfin, le travail s’achève par conclusion générale. L’analyse menée sur le corpus a démontré que les figures de mots jouent un rôle essentiel dans l’écriture oulipienne. Elles s’inscrivent dans un ensemble de ressources linguistiques permettant aux membres du groupe de jouer sur la langue elle-même, constituant à la fois un matériau de création et un objet d’investigation. Trois fonctions principales émergent des observations : la fonction poétique, la fonction ludique et la fonction mimétique. Les résultats confirment aussi la pertinence d’une étude de la traduction des figures de mots en polonais : les manipulations du signifiant, fortement ancrées dans le français, semblent souvent impossibles à restituer dans une  perspective strictement linguistique. Dans cette optique, l’équivalence dynamique s’avère fréquemment une stratégie plus pertinente. La traduction apparaît dès lors comme un processus de détournement, de déplacement et de réinterprétation. La thèse est accompagnée d’une bibliographie et de deux annexes présentant de manière synthétique des exemples discutés dans les deux parties. 

Soutenue par Martin FERNANDEZ LAMADRID

Le 30 mars 2026

Spécialité : Psychologie

Laboratoire : UTRPP

Directeur de thèse : Derek Humphreys

Résumé : Cette recherche interroge les effets subjectifs, politiques et cliniques de la violence extrême contemporaine chez les demandeurs d’asile en France. Nous partons du constat que cette violence (guerre, persécution politique, exil forcé, précarité institutionnelle) ne produit pas seulement des traumatismes au sens classique, mais aussi une expérience spécifique, que nous avons décidé d’appeler « expérience du néant » : un effondrement du monde symbolique, une suspension de la demande et une désorganisation totale des cadres habituels en clinique. La première partie analyse la dimension politique de la violence et la production de figures contemporaines « monstrueuses » du demandeur d’asile. Nous verrons également comment les dispositifs biopolitiques destinés à contrôler fonctionnent, à des degrés divers, à une gestion de la déshumanisation du sujet. La deuxième partie tente d’articuler philosophie et psychanalyse afin de penser le « néant », non plus comme une abstraction métaphysique, mais comme une expérience subjective concrète, résultant de la destruction du monde symbolique et du sens. La troisième partie explore les conséquences cliniques de cette expérience et propose un déplacement de la clinique vers une conception du « travail » minimal, mobile et marginal. Nous défendons l’hypothèse selon laquelle la clinique face aux demandeurs d’asile et aux personnes ayant subi un parcours d’exil violent implique une transformation du cadre de travail traditionnel, ainsi qu’une position éthique forte de reconnaissance du droit à l’existence de l’autre. Loin de promettre une réparation, une assimilation ou une normalisation, le travail vise avant tout à soutenir l’émergence de nouvelles formes de subjectivation, ouvrant la possibilité de la création et de la réinscription politique du sujet dans un monde profondément marqué par la violence.

Soutenue par May FIANI

Le 31 mars 2026

Spécialité : Santé publique

Laboratoire : LEPS

Directeur de thèse : Maxime Gignon

Coencadrante : Dominique Pougheon-Bertrand

Résumé : Introduction : Les personnes en situation de handicap (PSH) sont des citoyens qui doivent pouvoir bénéficier des droits de l’homme, notamment choisir leur lieu de vie et disposer des moyens nécessaires pour y être autonome. Afin de mieux comprendre le contexte, il a été réalisé un rappel historique de l’évolution des textes de loi et des représentations des PSH dans la société tant sur le plan international que national. Puis un développement du cadre conceptuel de la thèse a permis de sélectionner les modèles sur lesquels le travail s’appuie. Les concepts autour du handicap, du proche, du domicile, des attentes, des besoins et de l’autonomie ont été relatés afin de se centrer sur le champ de l’étude. Objectifs : Identifier les besoins des personnes en situation de handicap et de leur proche pour les accompagner à l’autonomie dans leur milieu de vie ordinaire; ainsi que proposer des actions en soins primaires permettant de répondre à certains de ces besoins. Méthode : Le design de la thèse comprenait trois études. Tout d’abord, une revue de portée de 2001 à 2025 a été réalisée sur les concepts de besoin, d’attente, de handicap et du domicile. Puis, une recherche participative a été effectuée. Pour cela, des personnes vivant avec un handicap ont participé en tant que cochercheurs à cette étude qualitative. Elle a été réalisée par entretiens semi-dirigés en interrogeant des PSH recrutées au sein de la patientèle des maisons de santé pluridisciplinaire, ainsi que leur proche et en binôme PSH-proche pour recueillir leurs besoins. Ensuite, une triangulation des données a été réalisée sur les cartes conceptuelles produites afin de mettre en évidence les occurrences entre les besoins retrouvés dans la littérature et les besoins issus des cochercheurs et de l’étude qualitative. Enfin, pour répondre au besoin des PSH d’accéder à leurs droits sociaux, une revue narrative a permis de cartographier les droits en France en 2025. Forts de ces résultats, un protocole de recherche est proposé pour une future étude qualitative par focus group afin de questionner les acteurs accompagnants les PSH sur les besoins des PSH, les aides et soutiens possibles pour faciliter leur parcours de soins. Résultats : De nombreux besoins ont été identifiés. Tout d’abord dans la littérature, la revue de portée a permis d’identifier 20 articles comportant principalement des besoins de soins. Puis l’étude qualitative a confirmé les éléments issus de la littérature tout en mettant en évidence d’autres besoins, tels que des besoins pour la PSH dans le champ biopsychosocial, dans son milieu de vie, dans son domicile et pour son proche. Une carte conceptuelle résumant les besoins exprimés a été créée. Ensuite, la triangulation des données obtenues par les modes de collecte a permis de regrouper les besoins par catégorie : l’accès aux soins et aux informations les concernant, l’acquisition des compétences psychosociales, le sentiment de bien-être et une auto-satisfaction, avoir des projets de vie, obtenir de l’aide humaine, technique, financière ; et l’accès aux droits sociaux, ainsi qu’à un emploi, l’adaptation du domicile et la possibilité de vivre dans un milieu de vie ordinaire. Des besoins spécifiques aux proches ont aussi été mis en évidence. Enfin, la nécessité d’une éducation civique et sociale des citoyens concernant le handicap apparaît également comme un enjeu majeur. La réalisation de la revue narrative sur les droits sociaux existants a montré que l’interrogation des sources d’informations s’avérait complexe, en raison du nombre important de critères requis et de la nécessité de les intégrer de manière pertinente dans les requêtes. La connaissance de l’exhaustivité des droits applicables à la situation de la PSH était ainsi problématique. Une carte conceptuelle résumant les droits en France en 2025 a été élaborée. Discussion : La force de la thèse réside principalement dans la participation des cochercheurs qui a permis de rester centré sur leurs perspectives et leurs vécus du handicap. Les limites sont la non-représentation de toutes les situations de handicap compte tenu de la diversité des situations possibles selon l’origine et le type de handicap, du statut professionnel, familial, social et du projet de vie de la personne. Une réflexion sur l’évolution du rôle du médecin généraliste dans l’accompagnement des PSH en lien avec les autres professionnels est proposée. De même, les conditions sociales permettant l’inclusion ont été développées. Des perspectives sont envisagées pour l’enseignement, l’organisation des parcours de soins, la pratique médicale, la société et la recherche. On peut citer l’importance de former les soignants à l’accompagnement des PSH et à la prise en compte de leur proche en consultation. Conclusion : Malgré l’évolution des textes de loi ces 25 dernières années, les PSH continuent toujours de faire face à des besoins non satisfaits compromettant le maintien de leur autonomie en milieu de vie ordinaire. La société doit permettre leur pleine citoyenneté et déployer un environnement capacitant. Les professionnels ont un rôle essentiel à jouer dans l’accompagnement du développement du pouvoir d’agir des PSH, notamment en facilitant leur accès aux droits fondamentaux. 

Soutenue par Emma TYROU

Le 1er avril 2026

Spécialité : Sciences économiques

Laboratoire : CEPN

Directeur de thèse : Philippe Batifoulier

Résumé : Cette thèse s’intéresse au phénomène d’accaparement des terres dans une perspective d’économie politique institutionnaliste (EPI) de l’allocation des terres. Mobilisant un cadre d’analyse à la croisée de l’EPI et de la socio-économie du développement, nous avons suivi un mouvement abductif. Les quatre chapitres de thèse comprennent une discussion conceptuelle pluraliste, sa confrontation aux réalités empiriques à l’échelle internationale, et l’étude d’un cas critique en Amazonie brésilienne (municipalité de Santarém, État du Pará). Notre méthodologie est pluraliste et transdisciplinaire. Un terrain de recherche multisitué de cinq mois non consécutifs au Brésil a permis de récolter des données qualitatives de première main (25 entretiens semi-structurés et des observations). Nous les combinons avec un important corpus de littérature grise, des statistiques agricoles et démographiques officielles, ainsi que des données chiffrées et qualitatives issues d’observatoires socio-économiques. Alors que la littérature dominante en économie discute des « transactions de terres » et conteste la pertinence analytique du terme d’accaparement de terres, auquel est conféré le statut de « perception » et non de concept scientifique, cette thèse adopte à la fois l’angle des modalités d’allocation et un dialogue croisé sur les concepts de réforme agraire et d’accaparement des terres. Les modalités d’allocation sont comprises à travers la grille de la « triade » polanyienne : réciprocité, redistribution, transaction. En outre, la réforme agraire est définie comme impliquant une forte composante de redistribution. À l’échelle internationale, le consensus autour de la sécurité foncière dans les débats prescriptifs masque des zones grises où réforme agraire et accaparement s’articulent, en particulier sur les terres « de l’État » qui représentent plus de 60% des terres du monde. Notre analyse des données chiffrées sur ces terres montre qu’elles sont comprises à l’aune d’outils issus de l’approche contractuelle en économie institutionnelle. Pour dépasser ces limites, nous interrogeons le continuum réformes-accaparement à travers non seulement les liens entre la redistribution et le marché, mais aussi ceux entre ces deux modalités d’allocation et la réciprocité. Suivant une lecture radicale de Polanyi, nous étudions la formation de résistances pour un réencastrement de la terre et son contrôle social ? les contremouvements ? et leur relation à l’État, comme un des facteurs qui permet de comprendre les trajectoires d’allocation des terres. Nos résultats sur les zones de réforme agraire environnementalement différenciées en Amazonie brésilienne, mises en place dans un cycle politique de compromis socio-environnementaux, au sein d’une région marquée par la marchandisation aiguë et l’avancée de la monoculture mécanisée d’export (élevage bovin et soja), montrent que la formalisation de droits sur des terres de l’État, même insérée dans les stratégies de contremouvements, ne fournit pas toujours une sécurité foncière aux terres collectives en tant qu’espaces de résistance à la marchandisation. Le niveau d’autonomie des droits formalisés vis-à-vis de l’État peut être compris à travers les droits d’autorité (dits de 3e ordre), il constitue un facteur déterminant du niveau de sécurité foncière contre l’accaparement de terres. 

Soutenue par Anaïs FERNANDES

Le 13 mai 2026

Spécialité : Santé publique

Laboratoire : IRIS

Directeur de thèse : Thomas Lefevre

Résumé : Cette thèse s’inscrit dans le champ de la santé publique et de l’épidémiologie et vise à analyser l’intérêt d’étudier les violences interpersonnelles dans une cohorte de santé à long terme. Elle s’appuie sur les données de 61 033 femmes de la cohorte française E3N-Générations, âgées de 67 ans et plus en 2018, ayant répondu à un questionnaire incluant des questions sur les violences physiques et sexuelles subies avant et après l’âge de 15 ans. Dans un premier temps, les prévalences des violences déclarées et leurs déterminants sociodémographiques et de mode de vie ont été étudiés à l’aide de modèles de régression multinomiale. Les résultats mettent en évidence des différences marquées selon l’âge, le niveau d’études et certains indicateurs de santé suggérant notamment un effet générationnel dans la manière de déclarer les violences. Dans un second temps, les associations entre la déclaration de violences et la présence de pathologies chroniques ainsi que la polypathologie ont été analysées. Les femmes déclarant des violences présentent une probabilité plus élevée de pathologies chroniques (forte pour dépression et dans une moindre mesure pour allergies et asthme) et de polypathologie. Enfin, une analyse thématique des commentaires libres laissés par les participantes a permis d’éclairer les mécanismes de redéfinition, de minimisation ou de contextualisation des faits de violence et de mieux comprendre les spécificités générationnelles dans le rapport aux violences. Ces travaux soulignent l’importance d’intégrer le questionnement des violences dans les dispositifs de recherche en santé, y compris chez les femmes âgées, et mettent en évidence les enjeux méthodologiques liés à la mesure des violences dans des cohortes épidémiologiques.

Soutenue par Marie STOECKLIN

Le 28 mai 2026

Spécialité : Sciences de l’éducation

Laboratoire : EXPERICE

Directrice de thèse : Martine Janner Raimondi

Résumé : Ce travail doctoral vise à appréhender le sentiment de solitude tel qu’il est vécu, éprouvé et signifié par des personnes « plus âgées », en tenant compte à la fois de leur subjectivité, de leur histoire singulière et du contexte historique et social dans lequel elles évoluent. Inscrit dans le paradigme de la recherche biographique en éducation (Delory-Momberger), soutenu par des ancrages en phénoménologie (Husserl, Depraz, Janner-Raimondi), ainsi que par la théorie de l’identité narrative (Ricoeur), mon travail vise la description et la compréhension de soi, en cherchant à appréhender l’expérience vécue en première personne et le sens qui lui est conféré. À travers une dialectisation entre les données objectives et subjectives composant la vie d’un sujet, mon travail interroge le sentiment de solitude comme déséquilibre, mais aussi comme générateur d’effort dans l’expérience vécue, tentative de régulation, recherche de continuité pour retrouver un équilibre perdu. Cette approche permet de dépasser une lecture strictement négative de la solitude et de ses éprouvés, en l’envisageant comme une expérience potentiellement transformatrice dans la construction de soi. Le travail de terrain, mené entre novembre 2022 et novembre 2023, repose sur des rencontres avec des personnes « plus âgées », âgées de 65 à 92 ans, vivant à domicile (à l’exception d’une personne vivant en institution), seules ou accompagnées, certaines étant suivies par l’association Petits Frères des Pauvres. Dès lors, ce travail ne porte pas son regard uniquement sur le vécu de personnes vivant seules chez elles, et isolées, il inclut des personnes « plus âgées » vivant accompagnées. Les données ont été recueillies à partir d’entretiens existentiels biographiques (Baeza & Janner-Raimondi), menés dans les lieux de vie des participants, afin de prendre en compte les dimensions spatiales, corporelles et matérielles de l’expérience d’éprouver un sentiment de solitude. Un espace d’échange sous forme de cycle de trois mois, comprenant trois rencontres espacées d’un mois, a été instauré. Au-delà d’une parole singulière, des observations ont été menées et certains participants se sont saisis de l’écriture proposée dans un carnet à disposition. D’autres supports ont été partagés avec les participants, comme le tracé d’une ligne de vie ou l’impression de photographies prises durant les rencontres. Ces temps d’échange sensible et intersubjectif constituent une relation vivante de construction conjointe entre le participant et le chercheur, durant lesquels la construction de la connaissance s’établit, dans l’attention du chercheur, qui, par et à travers son corps, voit et sent, et se sent sentir. Les résultats donnent à voir la pluralité des formes des sentiments de solitude, ses variations, ses fluctuations, ses ambiguïtés, ses mouvements, ses articulations avec d’autres affects, ses liens avec le corps, l’environnement de vie de la personne, sa maison et les objets qu’elle abrite, ainsi que les manières et arts de faire (de Certeau), conscients ou inconscients, mises en oeuvre pour y faire face. Ils mettent en évidence diverses manières de se construire qu’ont les personnes rencontrées au regard des sentiments de solitude, ainsi que les effets des rencontres, tant pour les personnes interrogées que pour la chercheure elle même. Les données collectées ont également donné lieu à l’élaboration de portraits narratifs, permettant de restituer la complexité des expériences vécues et de donner à entendre une parole singulière, sensible et incarnée. En conclusion, ce travail doctoral propose une lecture renouvelée du sentiment de solitude auprès de personnes « plus âgées », permettant d’orienter des pratiques et des politiques au-delà de la seule lutte contre l’isolement. 

Soutenue par Wissame Rima RAIS

Le 29 mai 2026

Spécialité : Langue, civilisation et littérature du monde anglophone

Laboratoire : CEPED

Directrice de thèse : Chantal Zabus

Résumé : Cette thèse propose une analyse sociologique et littéraire des conditions d’existence des personnes transgenres en Algérie. Dans un contexte marqué par l’absence de reconnaissance institutionnelle, la force des normes religieuses et sociales, ainsi que par une forte invisibilisation, elle interroge les processus de marginalisation qui structurent les parcours de vie. À partir d’un corpus d’entretiens menés auprès de personnes transgenres algériennes et d’une analyse de discours sociaux et littéraires, ce travail examine les modalités de construction, d’expression et de mise en récit des identités transgenres. Il met en lumière les tensions entre assignations normatives et expériences vécues, notamment au sein de la famille, de la société et des institutions. La recherche souligne également le rôle central des discours religieux, sociaux, politiques et médiatiques dans la production des normes de genre et dans la limitation du dicible. Face à ces contraintes, les personnes transgenres développent des stratégies de contournement, de dissimulation ou d’affirmation. Enfin, cette thèse montre que dire et écrire la transidentité constitue un acte à la fois politique et existentiel, permettant de résister aux processus de marginalisation et de redéfinir les contours du possible dans un contexte contraint. 

Soutenue par Emmanuel ALLORY

Le 18 juin 2026

Spécialité : Sciences de l’éducation

Laboratoire : LEPS

Directeur de thèse : Rémi Gagnayre

Résumé : 4ème étude En France, les équipes de soins primaires bénéficient parfois du soutien d’une structure d’accompagnement à la mise en oeuvre de l’éducation thérapeutique du patient. Identifier les accompagnements existant d’équipes de soins primaires par des structures d’accompagnement lors de la mise en oeuvre d’un programme d’éducation thérapeutique du patient en France entre 2010 et 2022, décrire et caractériser la répartition des missions entre les acteurs. Etude mixte séquentielle explicative composée d’un premier temps d’enquête nationale auprès de 13 ARS participantes pour recenser les équipes de soins primaires accompagnées et d’un deuxième temps d’enquête qualitative par entretien semi-dirigés, menée selon une analyse par trame de travail et une analyse thématique réflexive. Sur les huit entretiens réalisés, les structures d’accompagnement se présentaient comme des acteurs de santé publique du territoire, expert en éducation thérapeutique avec un positionnement neutre entre la ville et l’hôpital. Les équipes de soins primaires témoignaient d’une inexpérience dans la pratique de l’éducation thérapeutique, en tension sur le plan de la disponibilité temporelle, démographique (médecin) et financière. Elles étaient cependant convaincues de l’intérêt de l’éducation thérapeutique avec une intégration systématique dans le projet de santé. La répartition des missions entre les acteurs variait, selon des stratégies et des valeurs différentes, avec une équipe de soins primaires objet ou moyen de la structure d’accompagnement. Les structures d’accompagnement agissent comme des acteurs intermédiaires et la répartition des missions semble obéir à des logiques variées. Un enjeu d’organisation territoriale en soins primaires soutenant la mise en oeuvre de l’éducation thérapeutique semble se dégager.

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