Célia ROMIEU
Titre de la thèse : Fabriquer, négocier et diffuser le savoir géographique sur l’Amérique dans les réseaux savants européens : récits de voyage et cartographie entre 1492 et 1660.
Depuis le témoignage recueilli sur le terrain par l’explorateur jusqu’à sa mise en récit et sa représentation cartographique dans les atlas européens, cette thèse interroge les opérations qui sélectionnent et standardisent l’information géographique sur l’Amérique entre 1492 et 1660.
À travers l’étude conjointe de cartes, récits, empires et circuits éditoriaux, l’objectif est de mettre en lumière que l’exploitation des espaces américains se fait dans l’interaction conflictuelle entre les puissances. Il s’agit de saisir les mécanismes de concurrence et censure qui dépassent les cadres régionaux, dans l’établissement du savoir géographique, puisque les atlas de l’époque pensent tous ces territoires en les comparant, tandis que leurs auteurs circulent au-delà des frontières impériales.
L’intégration des Amériques dans les savoirs européens suppose donc la transformation d’informations produites dans des contextes locaux, souvent liées aux savoirs autochtones invisibilisés, en énoncés validés par les puissances et diffusés dans les milieux savants.
En adoptant une méthode inspirée de la microhistoire, et en mobilisant des sources imprimées suivant une logique de réseaux, nous présenterons des études de cas suivant la trajectoire d’une information, d’un auteur ou d’un foyer éditorial à travers plusieurs espaces, langues et supports, pour tenter de comprendre qui parle, est écouté, ou bien effacé ?
Thesis title : Producing, Negotiating, and Disseminating Geographical Knowledge about the Americas within European Scholarly Networks : Travel Narratives and Cartography, 1492–1660
From the testimony gathered in the field by the explorer to its transformation into written accounts and cartographic representations in European atlases, this dissertation examines the processes through which geographical information about the Americas was selected and standardized between 1492 and 1660.
Through a combined study of maps, narratives, empires, and publishing networks, it aims to show that the exploitation of American spaces was shaped by conflictual interactions between competing powers. It therefore examines the mechanisms of competition and censorship that transcended regional frameworks in the production of geographical knowledge, as atlases of the period conceived these territories comparatively, while their authors circulated across imperial borders.
The integration of the Americas into European knowledge systems thus involved transforming information produced in local contexts—often drawing on Indigenous knowledge that was subsequently rendered invisible—into claims validated by political powers and disseminated within scholarly communities.
Drawing on a methodology inspired by microhistory and examining printed sources through a network-based approach, the dissertation develops case studies tracing the trajectories of information, authors, and publishing centres across different spaces, languages, and media, in order to ask: who speaks, who is heard, and who is ultimately erased?
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